A la recherche de la Terre Promise: l’exploration de nouveaux coins de pêche à la mouche en Nouvelle-Calédonie

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This post is the French language version of my earlier post published in English Searching for the Promised Land: Exploring New Fly Fishing Waters in New Caledonia. Ce post est la version française du post publié en anglais Searching for the Promised Land: Exploring New Fly Fishing Waters in New Caledonia

Lorsqu’on est obsédé par la pêche à la mouche, le temps que l’on passe hors de l’eau est souvent monopolisé en pensant à la pêche : les stratégies à employer, le montage des mouches, le bon montage pour sa canne et… l’identification de nouveaux coins de pêche.

Cela faisait au moins six mois que Stéphane et moi avions commencé à parler d’une expédition de prospection. Nous avions étudié de près la côte de la Nouvelle-Calédonie sur Google Earth pour identifier des lieux prometteurs, notamment de grandes étendues d’eau bleu clair avec un accès facile à partir du rivage qui témoignent souvent de la présence de flats de corail ou de sable. Et enfin nous avions l’opportunité d’en explorer un.

Nous allions passer le weekend à Bourail, un village sur la côte Ouest de la Nouvelle-Calédonie située à environ deux heures et demie au Nord de Nouméa. C’était un weekend en famille et nous avions une matinée pour explorer ce qui paraissait une « terre promise » pour moucheurs sur les images satellites que nous avions scrutées. L’un de nos amis, Cyril, a mentionné qu’il connaissait le chemin en terre qui menait à la côte et il a proposé de nous guider. Donc à 8h00 un samedi matin, nous avons chargé nos cannes, boîtes à mouches et autre matériel dans la voiture de Stéphane et avons suivi le chemin tracé par le pickup de Cyril.

Après une vingtaine de minutes à serpenter dans l’arrière-pays Bouraillais nous sommes arrivés à l’embranchement. On voyait bien les traces de pneus qui, quittant le goudron, s’enfonçaient dans l’herbe et ensuite dans le maquis du bord de mer. On sentait l’anticipation monter d’un cran : on y était presque ! Avec Cyril en tête, nous passions sur la route bosselée, entre les arbres et par-dessus les racines, jusqu’à la côte. J’ai vérifié le GPS et j’avais l’impression que nous étions à deux kilomètres au Nord de notre destination finale. Mais nous avons décidé de sortir pour regarder la mer de plus près et donner un cours de lancer improvisé à Cyril qui n’avait jamais touché une canne à mouche de sa vie. Une demi-heure plus tard, Cyril est reparti. Stéphane et moi avons décidé de reprendre la voiture et suivre le chemin qui longeait la plage, car nous savions que, si on marchait, on serait trop tenté de s’arrêter en chemin pour mettre nos mouches devant tout ce qui bougeait.

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Donc nous voilà en chemin de nouveau, sur les pistes ensablées, sous les branches des arbres côtiers tordues par les vents marins et à travers la lumière du soleil tamisé par le feuillage à travers lequel on voyait de temps en temps briller le bleu de la mer, à la poursuite du point rouge sur la GPS qui marquait notre but ultime.

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Dix minutes plus tard nous y étions. Nous sommes sortis à la hâte de la voiture pour arriver sur le sable légèrement doré de la plage qui bordait un beau flat de sable, cerné à droite par un énorme herbier et à gauche pour le bleu profond d’un chenal qui menait à l’embouchure d’un ruisseau.

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A peine à vingt mètres de la plage nous voyions un grand ombre qui bougeait, comme une flaque d’huile sur l’eau : des milliers de prêtres (Atherina Presbyter) regroupés dans quinze centimètres d’eau. Quel signe : un banc de petits poissons de la taille d’un lit double, l’idéal pour attirer de plus gros prédateurs.

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Nous avons monté nos cannes et avons débuté notre marche lente sur le flat. Stéphane est parti tout droit de l’endroit où nous avons garé la voiture et je suis passé plus à gauche, pour contourner l’ombre ondulant des poissons-appâts, en direction de la confluence du courant qui sortait de l’embouchure et celui de la marée montante.

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Presqu’immédiatement j’ai entendu Stéphane crier. Il avait repéré une belle raie qui s’est approchée, curieuse, avant de se glisser doucement au loin. Mes yeux étaient rivés sur l’eau, à l’affût de tout signe de mouvement… et il y en avait du mouvement, partout. De petits groupes de poissons croisaient dans l’eau peu profonde à 7 mètres devant moi, avec quelques ombres plus imposants qui se montraient plus loin. C’était trop tentant et j’ai essayé un lancer pour voir. J’ai attaché un clouser bleu et blanc de taille 6, sorti la soie et fait ma présentation à 15 mètres après deux faux lancers, légèrement devant les tâches mouvantes. Après un seul strip je voyais déjà du mouvement en direction de ma mouche. Deux ou trois strips encore et les poissons étaient clairement visibles, suivant la mouche et s’approchant de plus en plus au fur et à mesure que je strippais la soie, agenouillé pour réduire mon profil. L’un des poissons s’est élancé et j’ai senti l’attaque. J’ai fait un « strip strike » mais trop tard pour faire pénétrer l’hameçon. La mouche est resté dans l’eau donc j’ai continué à stripper jusqu’à ce que le bas de ligne touche l’anneau de pointe et le poisson s’est enfui.

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Je n’avais pas pris le poisson mais j’avais un grand sourire aux lèvres. Je vivais le summum de la pêche à la mouche sur les flats : une pêche à vue dans de l’eau cristalline à des poissons en mouvement. M’avançant encore sur le flat j’ai repéré un autre banc de poissons en croisière lente. J’ai présenté ma mouche à 9 mètres devant le banc, laissant le clouser se poser sur le fond. Lorsque le premier poisson du banc était à 3 mètres j’ai animé la mouche par un seul strip rapide. La réaction était immédiate et trois poissons ont foncé sur la mouche pour investiguer. Mais c’était tout ce qu’ils avaient l’intention de faire, suivant la mouche jusqu’à ce que seul le bas de ligne reste dans l’eau et j’animais la mouche avec des petits mouvements du bout de la canne.

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Et c’est à ce moment-là que j’ai entendu Stéphane crier « On doit partir, maintenant » ! Impossible, je me suis dit. J’avais fait deux lancers, nous avions à peine commencé à explorer ce superbe nouveau lieu et apparemment on devait partir. J’ai vu Stéphane partir vers la plage. A contrecœur j’ai commencé à suivre. J’avais posé le pied sur la plage devant la voiture lorsque, derrière moi, il y avait une explosion subite au milieu du banc de prêtres que nous avions vu en arrivant et qui se trouvait toujours à quelques mètres du bord. De petits éclairs argentés volaient dans l’air et Stéphane m’a crié « vas-y, lance, lance » ! J’ai frénétiquement sorti la soie du moulinet et placé un lancer au milieu du chaos qui régnait dans l’eau. Rien. Un dernier lancer, me suis-je dit. Deux faux lancers plus tard et ma mouche était à nouveau dans l’eau, moins agitée mais toujours frémissante en surface. J’ai strippé rapidement et senti une attaque. J’ai ferré, sentant la tension en bout de ligne et puis… rien. Je l’avais raté. « Allez, il faut qu’on se bouge », m’a dit Stéphane. « Qu’est-ce qui se passe ?” j’ai questionné. Il s’est avéré que j’avais (sans le savoir bien entendu) éteint le son sur mon portable. Ayant abandonné ses efforts pour me joindre, Cyril avait appelé Stéphane. Il était 9h50 et il nous restait 10 minutes pour quitter le flat et rebrousser chemin jusqu’à la route principale. Sinon, nous allions rester bloqués toute la journée par des milliers de cyclistes qui se rassemblaient pour une journée de courses de VTT sur les mêmes pistes que nous avions empruntées. Vous vous demandez peut-être pour quelle raison nous nous précipitions à quitter ce merveilleux et, sur la base des quatre lancers au total que j’avais réussi à faire, très prometteur coin de pêche, au lieu de simplement rester sur site toute la journée et explorer chaque centimètre de notre nouveau terrain de jeu ? La réponse est que nous avions un plan B: un autre lieu à découvrir qui nous permettrait d’être de retour à 12h30, l’heure convenue avec nos familles (et bien sûr de préserver notre crédit pour aller pêcher un autre jour). Notre appétit était bien aiguisé et loin d’être satisfait.

Nous sommes donc repartis (un peu plus rapidement qu’à l’aller), dérapant dans les ornières ensablonnées du chemin, rebondissant sur des racines, prenant un mauvais virage et effectuant un rapide demi-tour pour arriver finalement à la fin de la piste. Et là on voyait des centaines de VTTistes en rang pour le début de leur course. J’ai avancé vers les organisateurs, quelque peu mal à l’aise avec mes chaussures pour flats, ma cagoule anti UV et ma casquette dont la visière était couverte de mouches. J’espérais qu’ils allaient nous laisser passer, sinon notre plan B allait s’évaporer. Heureusement, vingt minutes plus tard, il y avait un creux dans les départs et ils nous ont fait signe de passer. Notre matinée était à nouveau sur les rails.

Une demie heure plus tard, après avoir avalé les kilomètres sur les routes de campagne, être passé sous le pont qui traverse la rivière Nera pour finalement arriver au bout d’une nouvelle piste en terre, nous sommes arrivés sur notre deuxième site d’exploration. Lors d’un voyage précédent, Stéphane avait pêché le tombant du plateau corallien qui se trouvait au début de la piste et nous avions décidé de pousser plus loin dans ce territoire qui nous était encore inconnu. L’environnement était totalement différent. Des beaux flats de sable on était passé à des rivages rocailleux, bordés par une mangrove, et une mer où la pêche à pied se limitait aux dix premiers mètres. J’ai repéré quelques poissons non loin du bord et j’ai fait déferler la soie dans l’idée de présenter la mouche assez loin pour de pas les effrayer. Quelle erreur ! Dès que la mouche a touché l’eau des poissons ont jailli de toutes parts. J’avais, de toute évidence, effrayé un banc plus grand que je ne le pensais mais le côté positif était que cela allait très probablement attirer de plus grands prédateurs. Stéphane était descendu 50 mètres plus bas, ayant traversé un petit renfoncement dans le terrain, et s’était posté pour lancer avec l’eau à la taille. Je venais tout juste de lancer moi-même lorsque je l’ai entendu « Fish On ! » Levant la tête j’ai vu sa canne se plier et ensuite la soie est devenue molle, sans aucune tension visible. Une volée de mots impossibles à imprimer flottait dans l’air et Stéphane a commencé le mouvement pour jeter sa canne dans l’eau laissant éclater sa frustration. Et soudain la soie s’est tendue. « C’est toujours là, c’est là. Oh il est beau ! » J’ai couru pour donner un coup de main et je suis arrivé juste au moment où Stéphane avait ramené le poisson vers le bord : un beau barracuda. Après deux nouveaux départs, j’avais le bas de ligne en main et ensuite j’ai pris la canne pour que Stéphane puisse mettre les gants. Après quelques photos, nous avons ravivé le poisson et nous le regardions partir tranquillement vers le tombant. Stéphane était légitimement ravi. Il avait réussi à prendre un beau poisson après une belle lutte dans un nouveau coin de pêche. Que demander de plus ?

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Nous avons pris la décision de continuer notre exploration des lieux, curieux, comme la plupart des pêcheurs, de voir ce qui se trouvait au détour des méandres. Nous avions repéré une pointe deux cents mètres plus loin avec une jolie langue de sable au bout. Mais nous n’y sommes jamais arrivés. Marchant dans l’eau, s’efforçant à voir ce qui se cachait sous la surface, j’ai vu une ombre bouger. Une grosse ombre. Quasiment on même temps nous avons chuchoté notre interrogation : « C’est un poisson ? » Il se trouvait à moins de dix mètres et venait vers nous en diagonale. « Tente ta chance » m’a sifflé Stéphane. Le poisson était vraiment énorme et mon cœur s’est emballé tandis que mes doigts cafouillaient pour préparer la mouche et la soie. Entre temps, nous avions vu le poisson passer (et il ne nous avait pas vu) et l’imposante ombre noire s’était révélée : un GT solitaire qui avait l’air de faire 1 mètre de long était monté des profondeurs sur le rebord de corail où on se trouvait. Mon Dieu ! Si je réussissais à faire avaler ma mouche à ce « bus », il y avait de fortes chances qu’il me détruise ma canne et mon moulinet #9. M’adaptant au sens du vent, j’ai fait un lancer à l’envers, un peu court. Le GT a ignoré le “floc” de ma mouche sur l’eau et a continué son chemin. Nous le poursuivions avec précaution jusqu’à ce qu’il change de direction pour revenir doucement vers nous. J’ai présenté ma mouche à nouveau, probablement trop loin devant, laissant descendre le clouser lesté, et j’ai commencé à stripper. Après seulement deux ou trois strips nous avons vu un éclat d’argent et notre GT a tourné sur le côté pour fuir vers les profondeurs. J’ai dû l’effrayer (ou si ce n’était pas moi, quelque chose l’avait effrayé). Stéphane et moi avions le sourire jusqu’aux oreilles. Nous n’avions pas attrapé ce poisson, mais nous avions vu et lancé de près sur l’un des « gansters des flats ».

Il était maintenant 12h30 et il nous fallait 10 minutes pour sortir de l’eau et retrouver la voiture et 30 minutes de plus pour rejoindre nos familles qui nous attendaient. Quelle matinée ! En tout, nous n’avions pas pu pêcher plus de deux heures mais nous avions identifié deux coins de pêche très prometteurs, nous avions pêché à vue (même brièvement) dans un décor de rêve sur des flats de sable vierge, Stéphane avait pris un barracuda sur notre deuxième spot et nous avions croisé le chemin de l’un des super prédateurs dont les moucheurs en mer rêvent : le redoutable GT. Notre matinée de prospection avait clairement valu l’effort. Nous avions trouvé deux merveilleux lieux de pêche, sans âme qui vive à la ronde, et nous pouvions commencer à planifier notre retour pour explorer pleinement ce que paraissait potentiellement une terre promise pour la pêche à la mouche en mer.


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